2012...

11 mai 2012


C’était un jour ni trop chaud ni trop ensoleillé, un jour parfait pour se baigner dans notre piscine trop tiède. C’est pourquoi, ce jour-là, Nicolas et moi, étions dans la piscine en train de… nous baigner bien sûr, vous l’auriez surement deviné sans que je vous le dise! Eh bien, nous nous saucions bien tranquillement quand, tout d’un coup, la voisine nous interpella : « hello, hello! You speak english? Hello! » Nicolas, sortant de la piscine : « Elle a-tu besoin d’aide, tu penses? » Moi, prenant mes lunettes : « Papa, y’a la voisine qui nous parle! » La voisine continua de parler, d’un air de détresse : « Tsunami alert! Earthquake Indonesia 8,9! Look at TV! »

Mon cerveau prit un certain temps à analyser ce que je venais d’entendre, tandis que mon père se ruait sur son portable. Trente secondes plus tard de recherche Google: « Ok, les gars c’est vrai… Prenez vos sacs et les objets de valeur, on s’en va! » Mon frère et moi prîmes tout de suite  nos sacs à dos, nous qui étions encore mouillés de notre petite trempette. Notre après-midi de repos venait de tourner, en quelques minutes, du rêve au cauchemar.

Car voyez-vous, une heure plus tôt, Maman, Thomas et Catherine étaient partis faire les courses en moto, à la ville voisine. Notre plus grande crainte n’était pas de mourir, mais de mourir séparés.

N’ayant aucune idée de l’endroit où ils se trouvaient, notre meilleure chance, d'après nous, était de les rejoindre était de prendre un touk-touk et de se diriger vers le marché de la ville voisine. Tandis que nous regardions très attentivement sur la route pour trouver les autres, mon esprit dérivait. Ce que je pensais surtout en ce moment ressemblait à ceci: « Je vais mourir, je vais mourir, je vais mourir, je vais… on va tous mourir, on va tous mourir, on va tous mourir…. » Et ainsi de suite. Je ne pouvais absolument pas accepter l’idée de mourir noyé dans une terrible vague destructrice!

Quelques minutes plus tard, nous bondîmes de joie: Maman à l’horizon! Nous avons à peine eu le temps de lever nos bras en signe de panique désespérée que, déjà, elle filait à toute vitesse en sens opposé, vers la maison. Nous implorions alors le chauffeur de touk-touk de faire demi-tour, pour la rattraper, mais sans succès. Ne comprenant pas notre stress, il s’arrêta à une station d’essence tout en pointant son doigt sur la jauge. Étrangement, le monde autour de nous n’avait pas l’air d’être affecté par l’alerte… Peut-être n’avaient-ils pas accès aux médias comme nous l’avions?

Nous ne perdons pas de temps. Un tsunami peut arriver à tout moment. Nous payons le chauffeur et nous nous dirigeons vers un autre touk-touk, cette fois-ci vers le chemin du retour.

 « Ok, arrivés à la maison, vous allez monter sur la montagne du resort en face pendant que je vais chercher les autres », dit Papa.


Tout en regardant d’un œil anxieux le bas de la colline, Nicolas et moi courions vers le sommet du resort, bientôt rejoint par plusieurs baigneurs et quelques pick-ups. Tout à coup surgit Papa, suivi du reste de la famille. Quel soulagement de nous savoir tous réunis! Tour à tour, nous nous racontions notre histoire...


Récit de Maman

J'étais en train de faire l'épicerie avec les petits quand tout d'un coup les lumières se sont éteintes et un monsieur est venu me voir et m'a fait comprendre qu'ils fermaient boutique, là, tout de suite. Je ne comprenais pas trop la raison de cette fermeture soudaine et je pensais à une quelconque fête religieuse ou à un autre truc du même genre. En voyant la patronne prendre son sac à main, je me suis approchée pour lui demander si je pouvais tout de même payer ce que j'avais dans mon panier. Elle accepta en hésitant et, en calculant rapidement mes affaires, me dit qu'il venait tout juste d'y avoir un énorme tremblement de terre en Indonésie (vraiment pas loin de la Thailande, ça!), que ce n'est pas encore un tsunami mais que pour sa part, elle s'en allait direct se réfugier dans la montagne.
Glup!
En voyant l'attitude de la patronne et du reste des employés, j'ai pris conscience que quelque chose de grave pouvait arriver pour vrai et que j'étais à un bon dix minutes de scooter du reste de ma famille! En vitesse, j' ai embarqué l'épicerie et les petits sur la moto et j'ai filé à toute allure sur la route (qui était plus encombrée que d'habitude par les gens qui quittaient vers le centre de l'ile) pour rejoindre les autres et les avertir d'un potentiel danger. En roulant le plus vite que j'ai jamais roulé en mobylette pas de casque de toute ma vie, des tas d'images du tsunami de 2004 (qui a ravagé les mêmes côtes où je me trouvais présentement) défilaient dans ma tête.  
Je n'avais qu'une seule pensée, avertir les autres et surtout ne pas être séparés des autres par un possible tsunami.
En arrivant, en courant, à la maison, j'ai constaté que celle-ci était vide (alors que je pensais trouver tout le monde en train de faire la sieste) et que les ordinateurs et le reste des choses importantes n'étaient plus là. J'ai compris rapidement que Michel avait dû être au courant de l'alerte. Zut alors! où sont-ils? Je tentais de rassurer les petits et je me suis mise à courir vers la plage pour tout de même vérifier qu'ils n'étaient pas en train de se baigner et pour éliminer cette possibilité.  C'est en revenant par le stationnement que j'ai croisé Michel qui courrait vers la maison. Soulagement tellement intense! 
Toute la  pression est totalement retombée en retrouvant tous mes enfants et en sachant que nous étions réunis. Le tsunami pouvait maintenant se produire, j'avais toute ma famille autour de moi.

En haut de la « montagne », nous étions à peu près 100 personnes, quelques-uns apeurés, d’autres excités, et certains, en ayant vu d’autres, poussant des « Bah, le tout c’est de ne pas paniquer » et des « Ce n’est qu’une fausse alerte… ». Moi, je n’avais plus du tout peur, car nous étions parfaitement à l’abri où nous étions. L’océan me paraissait même plus calme que d’habitude. Je me sentais un peu stupide d’avoir vraiment pensé mourir, tandis que nous étions tous protégés d’une éventuelle attaque de la mer.

Vue du haut de la «montagne», en attendant la «vague»...

« Silence, please, everybody, please, silence… »

Ah, quelqu’un  prend la parole…

« We’ve just been informed that the water retired at Phuket… »

Ah bon?

« The tsunami will hit in thirty minutes… »

Donc il va y en avoir un, de tsunami? 

« And to answer some of your questions, we are perfectly safe here. »

(Murmures approbateurs dans la foule)

Safe de quoi? La pluie commençait à tomber du ciel, frappant nos maigres épaules épuisées de cette journée qui ne prévoyait plus rien de bon. Tandis que le reste de la famille se réfugiait sous un bungalow inhabité, je me mis en quête de nourriture. Ne voulant pas mourir de faim, nous nous sommes mis à manger des mangues que l’on cueillait à même l’arbre (chose commune en Thaïlande…), et que nous mangions presque mûres, où pas du tout mûres. Plus tard dans la nuit (et oui, c’était rendu la nuit), un stand se mit à distribuer des fruits et du pain (par pain, je veux dire : pain, croissants baguette, etc.) et des bouteilles d’eau, tandis qu’un autre distribuait des tartines beurre-et-confiture. Nous attendions toujours la vague, il faisait noir, il faisait une chaleur insoutenable et les moustiques commençaient à sortir. Vraiment, le pain et les croissants étaient le seul réconfort que l’on pouvait trouver!

Encore plus tard dans la nuit (genre 1-2 heures plus tard), nous avons enfin pu redescendre, après s'être renseignés aux garde-côtes. Le pire dans tout ça, c’est que même en Indonésie il n’y a pas eu de vague. Le séisme était assez profond, l’onde de choc n’était donc pas assez puissante pour produire un tsunami de ce nom. Tout autour de nous, la vie reprenait tranquillement son cours habituel. Nous avons retrouvé notre habitation en bon état, et, n’ayant plus faim, nous nous apprêtions à dormir.

Moi, je n’ai eu aucun problème à m’endormir, j’étais tout simplement épuisé. Pour d’autres, comme les Petits (le groupe Thomas/Catherine est couramment appelé « les Petits »), ont eu des cauchemars et ont eu vraiment du mal à dormir. Pour ma part, j’avais surtout l’impression que quelque chose de très gros venait de finir subitement…

4 commentaires:

Bryv a dit…

Récit qui nous tient en haleine et qui peu à peu nous communique la peur, la course folle pour se réunir ensemble, l'angoisse de la menace qui plane...Nous aussi nous avions eu peur pour vous. Si loin et nous disant est-ce possible que cela leur arrive! Mais, finalement, plus de peur que de mal, une de ces frayeurs qui, par la suite, nous font apprécier la vie. Quelle belle description Olivier! Et après cette aventure, comme Hans et les grands  ont dû être contents de se retrouver à nouveau avec maman et les petits... Oui, comme la nature est belle, comme le monde est formidable et comme la famille est chaleureuse et réconfortante...

Lud. a dit…

Le quelque chose de gros qui se termine rapidement, c'est la panique cédant au retour au calme! J'avoue avoir craint pour vos vies!!

Une femme libre a dit…

Incroyable aventure! Fiou! Tout est bien qui finit bien.

Rex a dit…

wow! formidable récit qui m'a vraiment fait rigoler! Enfin, sachant que vous êtes sains et saufs... pour l'instant, puisque vous venez de publier ce billet... xxxx en atendant les vrais d'un géant!

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